Ancienne forteresse médiévale, le Château de Boutemont s’est transformé au fil des siècle en demeure de plaisance.
Situé dans la vallée de la Touques sur la commune d’Ouilly le Vicomte, à 5 kilomètres au nord de Lisieux, il est inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques et son jardin s’est vu décerner le label « Jardins remarquables ».

Construit aux XVIe et XVIIe siècles, il se compose de quatre tours d’angles, d’une poterne Henri IV, d’un pont-levis, et est entouré de douves sèches, le tout dans un appareil de bois, de pierres et de tuiles polychromes.

 

 

Historique

Une des conséquences les plus remarquables de la conquête normande de l’Angleterre en l’an 1066, par le duc de Normandie Guillaume le Conquérant, est le très grand nombre de châteaux construits à cette époque. Ils servaient de lieu fortifié et de résidence aux nouveaux seigneurs normands qui les utilisaient comme bases pour conquérir, puis gérer leurs nouvelles terres.

Boutemont était un fief important qui relevait de la baronnie de Fauguernon. La motte de terre érigée entre le Xe et le XIIe est toujours bien visible. Cette motte féodale, placée à la base du coteau, était une place forte qui commandait la vallée de la Touques et assurait le contrôle de la route de Lisieux à Pont-l’Evêque. Ce poste d’observation et de contrôle de la vallée, utilisé comme fort militaire jusqu’au XIVe siècle, ne se prêtait pas à l’habitat et obligeait le seigneur à posséder sa demeure à proximité, ce qui a engendré au cours des siècles suivants la construction d’une bâtisse médiévale, puis du château fortifié de Boutemont et de l’aménagement d’un parc d’agrément.

Au temps de la Normandie ducale, nous trouvons un sire de Boutemont, qui avait suivi le duc Robert Courteheuse dans ses conquêtes en Terre sainte. Les rôles (listes) de l’échiquier (administration financière) de Normandie signalent un Hugues de Boutemont en 1180 et un Guillaume de Boutemont en 1195. Le château actuel date du XVIe et XVIIe siècle, il est le prolongement du premier logis seigneurial des châtelains de Boutemont. La famille est restée dans ce château jusqu’à la guerre de Cent Ans. Elle y fut remplacée par la famille Servain vers le début du XIVe siècle.

C’est en 1525 que Philippe Paisant (écuyer anobli en 1522 et bâtisseur du château sous sa forme actuelle), devient le nouveau propriétaire et entreprend une reconstruction seigneuriale à l’allure défensive, dans un style moyenâgeux bien loin de l’influence de l’architecture Renaissance. Grâce à des moyens considérables, ce seigneur et ses successeurs entreprendront au cours des années suivantes d’importants travaux : le creusement des douves, l’élévation de la poterne d’entrée et de 4 jolies tourelles angulaires rejointes par des murailles, ainsi que le beau logis en pierre de taille qui s’avance vers les douves. Dés la fin du XVIIe siècle, les Le Bas, originaires de la région d’Orbec et possesseurs d’importantes charges judiciaires et administratives au parlement de Rouen, sont les nouveaux propriétaires. Jean-Baptiste Le Bas entreprend alors de transformer l’ancienne forteresse en un château plus agréable et confortable. Les murailles abattues ouvrent alors une vue sur la vallée de la Touques et permettent enfin au soleil de pénétrer la cour d’honneur.

Son fils G-P Le Bas lui succéda, puis sa fille épousa David Guéroult, et leur fils David-Gabriel Guéroult, fut le dernier seigneur de Boutemont. La Révolution française (1791) contraint ce dernier à émigrer en Angleterre et le domaine ainsi que tous ses biens furent saisis et vendus en tant que « biens nationaux » à la famille Bouteiller. Les Bouteiller, de riches bourgeois originaires de Lisieux mènent à leur tour une campagne de restauration du château et de ses terres. En 1880, à la volonté de Pauline Bouteiller une chapelle de style néo-gothique est élevée à l’emplacement qu’occupait l’église paroissiale Saint Lubin de Boutemont depuis 1652. Le château est laissé à l’abandon durant un siècle, avant que M. et Mme Drouilly en fasse l’acquisition en 1920 et le sauve de la ruine. Le travail de restauration et d’aménagement est l’œuvre de Mme Drouilly qui consacra une formidable énergie afin de redonner un nouvel éclat à ce château qu’elle aimait tant (construction de l’orangerie et de la maison du gardien). Pour le parc, ils font appel à un très grand paysagiste de cette époque, Achille Duchêne, qui recréa un jardin dans le style classique à la française du XVIIe.

À l’été 1944, de violents combats eurent lieu autour du château qui devint quelque temps un des sièges de la Gestapo. Un certain nombre de résistants y furent interrogés tel que le docteur Hautechaud de Fervaques, déporté et mort à Buchenwald. Le Maréchal Von Rundstedt, chef de l’armée de l’ouest de la France, séjourna lui aussi dans ce lieu. Plus tard un hôpital de campagne y fut aménagé et de nombreux blessés allemands puis anglais (à la libération) y souffrirent et y moururent. Par la suite, le château a été loué un temps à Bruno Coquatrix, ex-maire de Cabourg et ancien directeur de l’Olympia de Paris. C’est dans ce cadre calme et retiré qu’il invitait ses amis, les célebrités comme Charles Aznavour, Mireille Mathieu, Alain Delon et bien d’autres.

M. et Mme Sarfati, propriétaires depuis 1976, contribuent depuis à la constante amélioration des lieux. Amoureux d’art et restaurateurs passionnés, ils investissent leur temps et leur énergie à maintenir et renouveler la beauté du site : création de nouveaux jardins, restauration de l’orangerie, rénovation de la chapelle… La promenade, de deux heures environ, dans ce parc de 11 hectares, soigné, paisible, et magnifiquement fleuri, offre au visiteur un véritable havre de paix.